Ça y est Maman, tu peux dormir, j’ai eu réponse à mes questions.

J

e vous remercie sincèrement de vous être tré-passés pour me voir et puis, il y a si longtemps !

Vous n’avez pas trop chaud ?

Qu’est-ce que tu as changé toi ! et oui, je sais bien que tu es l’ainé de cette grande famille des unis. C’est ton visage que j’ai du mal à désempailler, peut-être un trop plein d’alcool transversé de fiole en fiole. As-tu un bon tuyau pour ça, non ? S’il t’en reste quelques gouttes, elles me serviront surement pour une meilleure conservation . . .  pardon . . . une meilleure conversation.

Et toi, grande sœur, tu ne sais pas si tu es encore vivante mais tu laisses se démomiefier une image encensée de ce que tu n’es pas devenue. Ah, la comédie est vraiment ta « vaine » sans avoir à voir tes trop nombreux rôles en super-position par manque de transparence sans la bande. Et pourquoi pas un rôle cadavérique ?

Yeahh, ma sœur cadette, j’espère que tu vas bien et que ton affaire de garde meubles tient la galerie en alerte. Mais pourquoi fais-tu cette grimace d’e-cone pour selfie ? Tu ne t’es pas lancée dans le gardiennage de sépultures non ? Allez, arrêtes, tu me fais ride !

Aaaahh ! sœur tri-sœur amen sa discrétion de pas-sage à distance dévoilant son cap ciré. Tiens, tu as changé de tablier ? Là, tu fais fort mais tu me fous les blouses !

Ouais, « secondefrère » est également las ? Allez, on va rire un peu. Tu te souviens de ce que tu avais éjaculé en trait d’union ? Alors je te retourne le kilo sans l’emballage : « A chacun sa merde ». Je suis sûr que tu sais naviguer sans pilote alors ce sera cimeterre ou cimetière pour toit.

Et pour finir en beauté, quand il y en a poulain, il y en a pouloute. A toi, dans ta septième vie pour laquelle je dois avouer avoir retrouvé tes petits cailloux blancs.

Allez, je vais vous laisser . . . en famille !

Pensez à refermer le couvercle en sortant et si ça vous tente, emportez des cendres pour remonter votre moral.

Les personnages et les situations de ce délire étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

Tenez, voici votre cadeau de départ !

Prenez-en grand soin car il est d’une très rare fragilité.

C’est un souvenir !

C’a y est Maman tu peux dormir, j’ai eu réponse à mes questions.

J’ai vu le vent de la folie souffler partout au gré des hommes, plus de saison plus de raison pour ceux qui mettent la terre à terre.

J’ai vu des femmes porter enfants, souffrance passive et nom de l’homme pour le seul droit de soumission, être trainées plus bas que terre.

J’ai vu des aubes et des aurores briller aux regards des enfants et des nuages incandescents voiler des yeux adolescents.

J’ai vu étoiles au firmament faisant la cour aux lunes rousses et d’autres aux cols des généraux pour des soldats la peur aux trousses.

J’ai vu des murs et des murailles faits de silences cernant la honte, j’ai entendu cris et prières monter en hymne à l’insolence.

J’ai vu des mains chercher le geste, celui qui donne celui qui compte, celui qui condamne et bouronne ou qui connaît la tolérance.

J’ai vu le pouvoir de l’argent, celui qui dirige notre monde et ces hommes affamés qui n’osent plus sortir du rang.

J’ai vu ces révolutionnaires issus du peuple et frères de sang qui de Bastille à Sainte Hélène faisaient danser la même ronde.

J’ai vu ces amours déchirés, ces « pour la vie, l’éternité » céder la place aux habitudes et vivre en contre-façon.

J’ai vu ces hommes en noir et blanc toujours en quête de vérité briser des vies, creuser des tombes au prix d’une simple conviction.

J’ai vu ces fabriques d’armement, qui sous la calotte de nos « Pères », passent la main aux bras de guerre, dans des contrées éloignées.

J’ai vu ces terres inondées, et ces glaciers déneigés par des bureaucrates bienfaisants, qui mettent les mers en jachères.

J’ai vu le ver dans le fruit, bu le nectar jusqu’à la lie pour oublier toutes ces choses que l’on ne peut pas oublier.

Plus de couleur dans mes nuits blanches sur une couche en gage de lit où nulle femme ne roule ses hanches la tête au creux de l’oreiller.

C’a y est Maman tu peux dormir, j’ai eu réponse à mes questions.

Agie, 2016-10-02