Entre corbeille et mature, il n’y a que quelques déchets.

Je voulais le faire pour le plaisir.

Je voulais le faire pour le silence.

Je voulais le faire pour la pureté.

Je voulais le faire pour la beauté.

Vous le savez car nous en avons déjà parlé, pour moi, entre la gare de départ et celle d’arrivée, je préfère l’itinéraire de l’une à l’autre car toute ma vie se trouve dans ce déplacement riche de rencontres et d’échanges avec des êtres qui ne vous connaissent pas, ne cherchent pas à le faire, mais s’accoutument de cette mouvance en cohabitation. J’ai tout sur cet itinéraire.

Que du bonheur autour de la solitude qui bien souvent nous accompagne durant ces voyages et qui me va si bien au regard de cet environnement humain que j’ai de plus en plus de mal à supporter lorsqu’il est hors itinéraire.

Revenons à la gare de départ, cet endroit d’où l’on veut s’éloigner afin de respirer ; ce lieu d’hébergement où l’on souhaite y laisser ses valises, mais vides ; ce lieu aux façades qui ne sont que des pastiches d’habitations réservées à des sociétés dont le mail, ancêtre du golf, a troqué la verdure de ses greens contre du NET. C’est dans ces endroits que l’on peut chiffrer le plus grand nombre d’amis en aucun cas attachés à vous, mais à ce que vous représentez et pourrez apporter ou rapporter. On côtoie par obligation, on salue par crainte ou par esprit de conquête, on aime par jouissance personnelle, on partage par rapport à ce que l’autre possède et non pas par ce que nous proposons. On survit quoi, vous ne le pensez pas ?

La gare d’arrivée quant à elle, n’est qu’un vulgaire perchoir pour pies jacasses sur un nid de mégots martelés par des défonceurs de gorges gutturales où la botte n’est tolérée que plus au Sud. Quelques bancs et tables sortis directement du rayon Rustico-Helvétique d’un IKEA-Aubonne ou mauvaise rive de lac, parquent l’arrivée des troupeaux par séries. Une vache de couleur violette originaire de la région torréfiée du plateau, meule de temps en temps, à la demande. Je ne sais pas si elle se moque de cette troupe campée entre murs de bières vides et murs de pierres grises, ou si elle essaye de nous mettre en alerte. Pour ma part, c’est déjà fait depuis belle lurette.

Une armée de couveuses aux cuisses hautement découvertes trouvent leurs sourires forcés uniquement à la limite basse de leurs fessiers. Le quart d’heure appliqué dans le canton voisin n’est pas de mise ici. Tout est fait à la gloire du billet vert à la condition qu’ils soient très nombreux car la courtoisie a été égarée lors des montées quotidiennes vers l’usine à fric.

Un tas de vélos électriques attendent les fins de digestions pour reprendre en roue libre la déclinaison avalée en position assise lors de l’ascension.

Il me revient en mémoire un séjour de quelques années dans un pays voisin situé plus au Nord et dont les plaques minéralogiques portent la lettre D. Au plus profond des forêts de ce pays où le sentiment d’être le premier à fouler le lichen aux pieds des arbres transmet ces frissons de liberté dans la moelle épinière, il y a toujours une corbeille fixée à un piquet sur laquelle on peut lire : ABFALLE.

Agie, 2016-08-27