T'as touage à tout âge ?

Je me souviens de ma jeunesse, il y a deux ou trois ans, quand nous passions nos vacances en fin de terre de France, là où les vents balayent toute vilénie en laissant les cerveaux se gorger d’air iodé.
Atteint par l’adolescence d’un futur homme, je me passionnais de la vie.
Et oui, j’étais jeune et donc non préparé à assister à la destruction de ce monde si petit, ne pouvant se permettre d’héberger toutes celles et ceux, mieux connus sous le nom de vampires, s’alimentant sans aucun complexe de la sève de notre planète terre.
Nous marchions beaucoup alors, quel que soit le temps et bien souvent, couverts de cirés à la couleur jaune de pêche et chaussés de ce que nous appelions des « nouilles », ces chaussures en caoutchouc transparent permettant de se déplacer sur des terrains secs, peu secs et pas secs du tout pour ne pas dire totalement inondés.
Quels que soient nos promenades quotidiennes, leurs itinéraires nous obligeaient, avec beaucoup de curiosité infantile, à traverser la cour d’une ferme dans laquelle, telle une grappe de fruits murs, nous nous accrochions à la barrière d’une sorte de longère au toit ardoisé lourdement apposé sur quatre murs de pierres celtiques.
Ce local servait de lieu de séjour à une tribu de porcs que nous arrivions à reconnaître grâce aux marques ou dessins de couleur bleutée qu’ils avaient sur le corps à hauteur de la partie nommée jambon.

Que de beaux souvenirs !

J’adore cette période.

J’emploie ici le présent et non l’imparfait, d’abord parce que je ne le suis pas, imparfait, mais surtout parce qu’il ne me parait pas justifié dans un espace de vie que je traverse encore . . . sans trop de changement à quelques nuances près.
C’est vrai, les temps changent et les modes tendancielles les aident.
Je constate que ces inscriptions ou dessins bleutés ont changés de couleurs et ne se trouvent plus sur les culs . . . ni sur les mêmes porcs !
Allez, soyons francs, durant cette période de ma jeunesse, j’ai porté pas obligation des tatouages de couleur noire, mais ces derniers s’enlevaient au bout d’une semaine avec force de grattage, comme les jeux idiots sur lesquels un trop grand nombre de nos con-génères s’évertuent à perpétuer cette tradition.
En fait, ils se dessinaient tout seuls et sur n’importe quelles parties du corps.
Pour cela, il suffisait de jouer sur le sable où cette encre pétrolée venait s’échouer en provenance de lointains horizons marins.
Un grand merci messieurs Shell, BP, Total et autres tatoueurs de notre planète.
Continuez à purger vos réservoirs !
Vous purgerez vos âmes aux portes de l’enfer en souvenir de celui que vous nous laissez et surtout à nos enfants.

Agie, 2016-08-26