Il ne suffit pas de regarder pour voir.

S’il y a des moments privilégiés dans la vie, je dois vous avouer que pour moi, celui quotidien d’un petit déjeuner pris à la terrasse d’un café est intense d’observation, de réflexion et donc de bonheur.

Ce matin, je laissais passer la vie des autres, car la mienne, je la dégustais tout simplement en regardant autour de moi.

Je m’étais levé assez tôt comme d’habitude avec le sourire et prêt à vivre intensément cet espace de vie qui m’était alloué une nouvelle fois.

Et je regardais autour de moi.

Le clin d’œil matinal du spectre solaire était le présage d’une belle journée pré-automnale.

Si j’avais su, je pense que je me serais déplacé à bicyclette, ce qui m’aurait permis de saluer mes amis des bois environnants.

Et je regardais autour de moi.

C’était le jour du marché bihebdomadaire où bourdonnait, aux différents étals, les cancanages synchronisant ainsi l’ensemble des quartiers de la commune.

Et je regardais autour de moi.

Les places de stationnement se feraient certainement rares en échange des soupirs de lassitude contre des invectives trop souvent unidirectionnelles, c’est à dire – ou hurler -, des mâles en direction des femelles.

Excusez-les mesdames, car si vous vous « marché », eux, ils pilotent !

Et je regardais autour de moi.

Le jura devait porter les dernières images touristiques pour vacanciers en quête de sommités. Le lac quant à lui, s’étendait à ses confins, plagiant timidement par la couleur de son onde émeraude, celle attribuée aux calanques d’une légendaire région balayée par un mistral jamais perdant.

Et je regardais autour de moi . . . lorsque j’entendis : « – Au revoir Monsieur, belle journée. »

Une agréable silhouette s’éloignait de la table voisine à la mienne.

Je ne l’avais pas vue.

Je n’avais pas vu qu’elle avait pris un croissant. Pourtant moineaux et pigeons se partageaient les miettes tombées au pied de sa chaise.

Je n’avais pas vu qu’elle était seule et qu’elle ne fumait pas. Une unique tasse faisait face à un cendrier vide.

Je n’avais pas senti qu’elle portait un timide parfum. Une douce odeur de fleurs planait encore de sa table à la mienne.

Je n’avais pas vu qu’elle ne portait pas d’alliance.

Et pourtant je regardais autour de moi.

Au revoir Madame . . . ou Mademoiselle.

Agie, 24 aout 2016