Le rut des hippos.

Je reconnais mon manque de connaissance en ce domaine et dois avouer qu’il me semblait qu’au-delà de ces huit mois de gestation ou plutôt avant cette période il y en avait une autre plus chaleureuse sans doute, à la douce et délicate appellation de rut.

Il y a quelques jours, je m’étais trouvé dans un lieu très adapté pour cela, autour d’une table sur une terrasse ombragée, au milieu d’un dizaine d’individus dont les deux vieux mâles semblaient encore se tolérer en ce début de repas.

Combien il est drôle d’avoir cette impression d’intégration partielle au milieu de ce troupeau d’hippos où l’on sent tout de même une certaine tension dans leurs regards à la limite de la provocation.

Le repas peut commencer.

Ils hument ce qu’il y a à humer mais étant donné que leur morphologie place leurs têtes à hauteur de leurs culs, cela donne un agréable mélange olfactif servant à attribuer un classement hiérarchique au sein de la tribu.

Essayant de rester le plus discret possible, je me rends compte tout de même qu’un problème est en train de se créer entre les mâles dont les plus jeunes semblent les plus nerveux.

Les grosses gueules de patriarches laissent perler leur bave en coin, majorée d’éructations, histoire de marquer de manière sonnante l’espace aérien.

Les femelles ne semblent pas être préoccupées par ces tests de puissance. Néanmoins je pourrais presque reconnaître leurs mâles prioritaires par les gestes de soumission qu’elles leurs montrent.

Les jeunes mâles vivent leurs vies sans aucune inquiétude mais avec une certaine inconscience.

L’avancement du repas peut se voir à la couleur des tâches autour de chaque hippo. Les larges auréoles flottantes marquants le territoire des deux vieux patriarches me rappellent ce nouveau continent dans le Nord-est du pacifique, entre la Californie et Hawaï, produit par les déchets des activités humaines.

Eux semblent rester statiques peut être en raison de leurs énormes poids mais aussi pour se montrer qu’ils ne sont pas déplaçables.

Le repas avance et la tension monte.

Les jeunes mâles passent des observations légèrement provoquantes aux patriarches, à celles alléchantes faites aux femelles qui elles, ne mouftent pas, craignant un violent rappel à l’ordre.

Je remarque que les couleurs faciales des deux gros mâles âgés grimpent en température, correspondant aux mélanges de leurs ingurgitations et à leurs provocations sous la table, car ils se testent le plus hippo-critement possible afin de ne pas libérer leurs femelles respectives des jougs qu’ils leurs imposent et consolident quotidiennement.

Trop occupé par mes observations, je n’ai pas vu arriver le gigantesque tsunami issu d’une charge conjointe des deux énormes hippos.

La tribu semble éclater et est projetée (moi-compris) dans un rayon d’une dizaine de mètres autour de la table.

Je vous assure. C’EST SPECTACULAIRE ! Dégueulasse mais spectaculaire !

Aussi curieux que cela puisse paraître, cette charge est restée unique. Il est vrai que je doute fortement qu’ils aient pu en réaliser une seconde au risque de faire imploser leurs déchèteries graisseuses personnelles.

Il faut sans doute prendre également en considération leurs traitements médicaux qui se chiffrent en dizaine de pilules par monstre.

D’ailleurs les femelles accourent avec leurs piluliers afin de prouver qu’elles sont toujours présentes en les gavant de molécules chimiques rassurantes … au moins jusqu’à la prochaine crise qui peut-être en laissera un des deux sur le carreau.

Souhaitons ardemment que ce futur tir fasse coup double.

Agie, 2016-08-19