Aujourd’hui, c’est jour de fête !

Aujourd’hui, c’est jour de fête et le village s’y prépare.

Les pavés de la rue Centrale semblent plus propres que d’habitude.

Cette appellation de « rue centrale » s’était créée toute seule mais aurait pu être intitulée « ru Unique » par manque d’affluent et d’affluence, sauf en cette journée, elle aussi . . . unique.

A cette occasion, les ordres ont été donnés par Dédé, le plus gros cultivateur dans tous les diamètres envisageables qui, à ce titre, était devenu premier édile de ce hameau ou quarante-deux âmes se partagent encore l’espace de vie entre l’église protégeant jalousement son cimetière et la maison communale dont la façade semble s’appuyer en guise de béquille, de toute sa puissance administrative sur le monument aux anciens disparus en effets de guerre.

Aujourd’hui c’est jour de fête et le village s’anime.

La « Femou » conduit ses deux vaches en empruntant la rue centrale, par habitude, par obligation, mais également par provocation de son mari, le Malou, cantonnier officiel et seulement officiel car, en ce jour de fête, une pluie nocturne l’a relayé dans son rôle en délavant ce lien « laïco-religieux ».

Ces surnoms avaient été attribués à ce couple au regard de leur curiosité permanente, concrétisée par de trop nombreux « où » ; « Mal-où » pour lui, « Fem-où » pour elle sur les bases animales de masculin et féminin.

Aujourd’hui, c’est jour de fête et le village le fait savoir.

Le gong de la cloche s’est envolé en une folle farandole essayant de porter sa résonnance aux villages voisins, même si ce voisinage se comptabilise en une bonne dizaine de lieux.

Les sabots, effleurant par ricochet les crêtes des pavés, semblent avoir été décrottés pour l’occasion.

Seuls les chapeaux, toujours auréolés par les mêmes traces de sueur grasse, justificatif sans doute d’une activité participative à la vie du village, apparaissent comme plus légers ou moins enfoncés sur les crânes porteurs qui se ventilent de bienséance en accentuant leurs gestes de salutations.

Aujourd’hui c’est jour de fête au village mais . . . j’ai gardé mon tablier.

Agie 2016-08-01